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Les modèles de personnalité

9 fiches · 3 rubriques · Au-delà du MBTI et du DISC

Développement du leadership : ce que voit un modèle de personnalité

C · Au travail · 1 480 mots · 7 min · révisé le

Deux diapasons d'accordeur posés côte à côte

Le développement du leadership se présente presque toujours comme une liste de qualités à acquérir : vision, courage, écoute, capacité de décision. La liste n’est pas fausse, elle est inutilisable — personne ne sait quoi faire, lundi matin, d’un objectif comme « avoir de la vision ». Un modèle de personnalité n’allonge pas cette liste et ne dit pas qui est fait pour encadrer. Il fait quelque chose de plus étroit et de beaucoup plus utile : il décrit la manière dont vous vous y prenez par défaut, ce que cette manière coûte à ceux qui travaillent avec vous, et ce qu’elle devient quand la pression monte. C’est le sujet de cette page, et non le portrait du dirigeant idéal.

Il n’existe pas de profil de leader

Autant l’écrire d’emblée, parce que c’est l’usage le plus répandu et le plus mal fondé : aucun questionnaire de personnalité ne repère les futurs responsables. Ces instruments décrivent des préférences déclarées et des comportements habituels, pas des résultats obtenus, et rien ne permet d’affirmer qu’un profil réussit mieux qu’un autre dans un poste d’encadrement. Les conditions d’usage de plusieurs outils très diffusés excluent d’ailleurs explicitement les décisions de sélection et de promotion, comme le rappelle la page sur les tests de personnalité employés en entreprise. Constituer un vivier à partir de profils produit surtout une cohorte qui ressemble à ceux qui l’ont choisie.

Il y a une raison de fond à cette impasse. Le leadership n’est pas une propriété de la personne, c’est une relation : l’influence n’existe que dans le regard de ceux qui suivent. Un questionnaire rempli seul devant un écran ne peut pas mesurer ce qui se joue entre plusieurs personnes ; il éclaire le seul ingrédient qui vous appartient.

Ce qu’un modèle montre vraiment : votre registre par défaut

Un modèle de personnalité décrit un fonctionnement habituel : le rythme auquel vous avancez, la façon dont vous recueillez l’information, le critère sur lequel vous tranchez, ce que vous faites d’un désaccord. Ce registre par défaut est celui que vous employez sans y penser, et celui vers lequel vous revenez quand vous êtes fatigué, en retard ou contesté.

L’intérêt n’est pas l’étiquette, il est dans le coût. Qui décide vite et tôt laisse derrière lui ceux qui ont besoin de comprendre avant d’agir, et réexplique trois fois une décision qu’il croyait actée. Qui veut toutes les données avant de trancher passe pour hésitant et fait porter l’attente à toute l’équipe. Qui tient par-dessus tout à préserver la relation finit par ne plus dire les choses désagréables, et laisse pourrir des situations qu’une phrase franche aurait réglées. Dans les trois cas, la difficulté ne vient pas d’une faiblesse : elle vient d’une qualité employée sans discernement.

Les modèles de préférences posent ici une distinction précieuse : ce qu’ils mesurent relève du goût et de l’aisance, pas de la compétence. Rien n’interdit de faire ce qui ne vient pas naturellement, cela demande un effort conscient — c’est la frontière que détaille la page sur ce que mesure le type psychologique.

Sous la pression, le style se durcit

Ce qui intéresse le plus quiconque encadre n’est pas le fonctionnement de croisière, mais ce qui se passe quand le budget se tend ou qu’une réunion dérape. Un modèle apporte ici une description en séquence, et c’est son apport le plus concret.

Premier temps, la personne fait davantage de ce qu’elle sait faire, mais en trop : elle vérifie à l’excès, elle se hâte, elle veut satisfaire tout le monde, ou elle serre les dents et ne demande rien. Rien ne ressemble encore à un conflit ; seuls le ton et le niveau de détail ont changé. Deuxième temps, le comportement devient un rôle : recherche d’un fautif, agacement, ou bien retrait et plainte — celui qui ne décide plus, ne répond plus. C’est ce que la Process Communication appelle la dégradation, et le mécanisme vaut pour tout le monde.

Pour un responsable, la conséquence est doublée : son équipe lit le changement de ton avant d’entendre le message, puis s’y ajuste — on cesse de faire remonter les mauvaises nouvelles, on attend que ça passe. Une équipe tendue est souvent l’écho d’un encadrant tendu, et c’est la première chose à regarder.

Élargir son registre plutôt que changer de personnalité

On ne devient pas quelqu’un d’autre, et les programmes qui le promettent produisent surtout des managers mal à l’aise dans un rôle emprunté. Développer son leadership consiste à ajouter des comportements qui ne viennent pas spontanément, en acceptant qu’ils coûtent de l’énergie : celui qui décide vite s’impose d’expliquer le pourquoi avant le quoi ; celui qui veut tout vérifier s’engage à trancher avec quatre cinquièmes de l’information ; celui qui évite les sujets délicats se fixe de nommer le problème dans la semaine où il apparaît, pas dans le mois.

Cela ne s’apprend pas en lisant une grille. Les ateliers de mise en situation, où l’on rejoue un entretien difficile ou une annonce mal reçue, rendent visible l’écart entre ce que l’on croit faire et ce que l’autre perçoit. Le profil n’y sert que de point de départ : des hypothèses à vérifier, pas des conclusions.

Reste ce qu’aucun modèle ne décrit et qui pèse lourd : repérer sa propre montée de tension avant qu’elle ne décide à sa place. C’est le seul terrain qui s’entraîne franchement, et il fait l’objet d’une page à part sur ce qui se travaille du côté des émotions.

Le profil ne dit rien du regard porté sur vous

Un modèle décrit ce que vous faites. Il est muet sur la façon dont ce que vous faites est interprété, et cet écart explique bien des malentendus : la même fermeté passe pour de l’autorité chez l’un et pour de la raideur chez l’autre ; la même attention portée aux personnes passe pour de la finesse ou pour un manque de poigne, selon qui l’exerce et devant qui.

L’image de ce à quoi ressemble un chef est une construction historique, et elle reste marquée en France, où les postes de direction sont encore majoritairement occupés par des hommes : un même comportement affirmé n’y est pas reçu de la même façon selon la personne qui l’adopte. C’est pourquoi la notion de leadership féminin, entendue comme un style à part — plus relationnel, plus empathique par nature — résiste mal à l’examen. Ce que montrent les modèles de personnalité, c’est que les différences entre deux personnes d’un même groupe dépassent largement ce qui sépare les groupes entre eux : attribuer un style à une catégorie remplace un stéréotype par un autre.

L’usage juste est ailleurs. Un profil aide à mettre sur la table les attentes implicites d’un environnement — ce qui y passe pour de la compétence, ce qui passe pour du zèle — et à décider ce qu’on en fait. Il sert à discuter la norme, pas à s’y conformer.

Conduire un changement sans répartir les gens en deux camps

Dès qu’une réorganisation s’annonce, le réflexe consiste à trier : ceux qui suivent et les résistants au changement. Un modèle de personnalité fait éclater ce partage. La même annonce n’est pas reçue de la même façon parce que les besoins diffèrent : l’un veut un calendrier et des faits, l’autre veut comprendre au nom de quoi on le fait, un troisième a besoin de temps seul avant de se prononcer, un quatrième veut savoir quelle marge d’initiative lui restera.

Ces questions sont donc anticipables, et les prévoir change la qualité d’une annonce : ce qui change pour chacun, à quelle échéance, pourquoi maintenant, qui a décidé, et ce qui ne change pas. Le silence, lui, ne vaut pas accord : certains ont besoin de plusieurs jours avant de formuler une objection.

Deux limites, enfin. Un modèle ne remplace ni une décision claire, ni des moyens, ni une information exacte : lire une opposition comme un trait de caractère est le moyen le plus sûr de ne pas entendre une objection fondée. Et le pilotage d’un projet de transformation est un autre métier, qui ne se déduit d’aucun profil.

Ce qu’aucun modèle ne dit : qui est fait pour encadrer. Il montre un registre par défaut et ce qu’il coûte, pas un profil de leader.

Ce qui se travaille, et ce qui ne se travaille pas

Un modèle de personnalité ne fabrique pas de leaders et n’en reconnaît pas. Il fournit trois choses, ce qui est déjà beaucoup : la description de votre registre habituel, la conscience de ce qu’il coûte autour de vous, et l’anticipation de ce qu’il devient sous tension.

Le reste relève du comportement concret, pris un à un, annoncé à l’équipe et vérifié auprès d’elle. Et le questionnaire est facultatif : demander à trois collègues ce qui leur est le plus difficile dans votre façon de travailler donne souvent la même information, plus vite et sans jargon.